Qu’est-ce que la Hiérophanie?

La Hiérophanie est avant tout une structure. Pour le XIIe Grand Hiérophante, Michel Gaudart de Soulages, elle représentait une fédération de rites (*) et une école des mystères davantage qu’une obédience. Les nombreux rites transmis, notamment par Robert Ambelain, témoignent d’une riche filiation initiatique ayant cheminé à travers de grandes figures de l’ésotérisme (lire à ce sujet le Texte de Marie-Christine Dauge et Jean-Pascal Pillot sur le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm dans la rubrique Grand Ordre Souverain des Rites Egyptiens de ce site).

La Hiérophanie est une organisation de premier niveau, assurant la jonction avec d’autres plans afin de faciliter le passage de l’horizontal au vertical, d’où l’importance de son égrégore. En effet, que ces rites aient été réveillés, transformés, voire créés à un moment ou à un autre, il n’en demeure pas moins qu’ils s’inscrivent dans un courant préexistant, bien réel sur le plan éthérique. Par l’initiation, l’individu établit progressivement un lien avec une dimension plus profonde de lui-même, présente sur des plans plus subtils de l’être, jusqu’à ce que cette conscience intérieure devienne capable d’orienter et de guider son existence. L’initiation ne consiste donc pas principalement en la transmission de connaissances secrètes ou théoriques, mais en un processus de transformation intérieure visant l’éveil de l’Être profond. À travers ce cheminement, l’homme cherche moins à accumuler un savoir qu’à modifier son état de conscience afin de se rapprocher concrètement de son centre spirituel. Cette démarche implique un travail constant sur soi, destiné à dépasser la perception fragmentée du réel pour tendre vers l’expérience du monde UN, réconciliant l’intérieur et l’extérieur, le visible et l’invisible, le profane et le sacré.

On remarquera que la relation entre l’horizontal et le vertical revêt une importance centrale dans ce système. Elle se manifeste également dans la double nature du Grand Maître, qui est en même temps Hiérophante du point de vue spirituel, non pas parce qu’il prétend incarner ou représenter le sacré mais parce qu’il ne cesse de rappeler l’existence d’un pont, d’un passage entre le profane et le sacré. D’après une correspondance de Robert Ambelain citée par Serge Caillet puis reprise par Arnaud de L’Estoile, on peut lire :
« Ce n’est pas le 99° qui comporte la détention des 3 arcanes suprêmes, c’est la dignité de Grand Hiérophante ! On ne le devient que par cette détention précédée d’une réception. »
Le titre de Hiérophante, issu historiquement de la prêtrise des Mystères d’Éleusis, fut plus tard associé aux rites égyptiens et se retrouve également dans d’autres ordres tels que la G.D., les FARC+C, etc. Au sein de la Grande Hiérophanie Mondiale, le Grand Hiérophante est à la fois Grand Maître de Memphis Misraïm et le responsable du dépôt que constitue l’ensemble des ordres traditionnels dont il a la charge.

Pour Mircea Eliade, la notion de hiérophanie, dérivée du mot « hiérophante », désigne ce qui rend visible le sacré. Ce n’est pas forcément une personne, cela peut être la nature, un animal, un lieu de pouvoir. Or, le sacré ne peut être perçu qu’en relation avec le profane, puisqu’il se manifeste précisément au sein du monde ordinaire. Mais plutôt que d’y voir une opposition irréductible entre deux réalités séparées, il devient possible d’envisager un monde fondamentalement unitaire, dont la véritable nature demeure voilée à la conscience commune. Dans cette perspective, le sacré ne constituerait pas une réalité extérieure au monde, mais ce qui permet de révéler, au cœur même de la manifestation, l’infini et l’absolu qu’elle contient. Le « pont » évoqué par la tradition initiatique ne conduirait donc pas uniquement vers d’autres dimensions ou vers des mondes situés hors du réel visible ; il correspondrait avant tout à une transformation du point de vue et de l’être, une transmutation du réel vers son essence profonde et son unité cachée. Dès lors, la séparation entre le profane et le sacré tend à s’effacer : la réalité apparente cesse d’être perçue comme purement matérielle et devient, dans le sens entendu par Mircea Eliade, le lieu même de la réalité surnaturelle.

(*) Le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le Martinisme initiatique, l’Ordre des Maçons Élus Coëns de l’Univers, le Rite écossais rectifié, la Rose-Croix d’Orient, l’Église gnostique, le Rite écossais primitif, le Rite de Cerneau, l’Ordo Eques a Sancti Iohannis Apostolica (EASIE-EASIA) ainsi que d’autres dépôts et ordres plus fermés venus s’y ajouter.


Histoires de transmission : un édifice de l’Intention

Le jour où je rencontrai Michel Gaudart de Soulages à Rosslyn Chapel, il me demanda de l’assister comme traducteur improvisé. Très rapidement, nous fîmes, à plusieurs reprises, l’expérience d’une forme de transmission de pensée. Lorsqu’il prenait la parole, il semblait soutenu par une force provenant d’un autre plan.

Au dîner, une fois le travail de traduction terminé, il me parla en privé de la transmission du Hiérophante à son « Dauphin », alors même que je ne lui avais posé aucune question. Il me confia de nombreux détails, notamment au sujet de ce qu’il appelait le « contact », une sorte de canal permettant d’être relié à cet égrégore. Selon lui, la transmission se ferait en plusieurs phases et, une fois la dernière accomplie, lorsque la Hiérophanie serait pleinement transmise, le Hiérophante précédent perdrait ce contact. 

J’étais perplexe : comment ne pas être surpris qu’un tel sujet fût abordé avec autant de précision lors d’une première rencontre. Il confirma lui-même que cela était inhabituel, mais approprié dans ces circonstances. Si je rapporte cette anecdote, c’est pour illustrer l’existence de ce « courant » à l’œuvre, qui dépasse l’humain et qui se manifeste lorsque les conditions requises sont réunies.

En utilisant la méthode de Dominique Aubier pour décrypter les événements, en l’occurrence cette première journée, je compris que ce commencement portait déjà les signes avant-coureurs du cycle d’information à venir. Selon le Modèle Absolu tel que formulé par Dominique Aubier, la fin d’un événement répète son commencement, mais à un niveau supérieur, puisque l’information a circulé à travers l’ensemble du cycle, se chargeant de conscience. Or, le dernier jour où je vis Michel Gaudart de Soulages, il me remit le document attestant que je devenais son successeur, achevant ainsi la transmission de la Hiérophanie et ce cycle d’information.

Entre les deux points marquant le début et l’achèvement de ce cycle, d’autres stades se manifestèrent. Quelques années auparavant, avant même de connaître l’intention de mon prédécesseur, je fis un rêve lucide dans lequel je volais très haut dans un ciel étoilé. Là, au cœur du cosmos, j’aperçus Robert Ambelain au-dessus de moi, m’observant. Il tenait dans ses mains des lignes d’énergie lumineuse, semblables à des fibres parcourues d’éclairs d’une longueur infinie, qu’il semblait vouloir me tendre. Il n’y avait pourtant eu, de ma part, aucune intention délibérée de me retrouver dans cette situation. Il devenait évident que des forces étaient déjà bien présentes et à l’œuvre.. C’était comme si le monde invisible révélait un plan inscrit dans le champ des possibles.

« On y entre comme dans un édifice de l’Intention», disait Don Juan, le benefactor de Carlos Castaneda dans La Force du silence :

« Je veux que tu comprennes l’ordre sous-jacent de ce que je t’enseigne. Mon objection concerne ce que tu prends pour l’ordre sous-jacent. Celui-ci représente pour toi des procédures secrètes ou une logique cachée.

Pour moi, cela représente deux choses : à la fois l’édifice que l’intention fabrique en un clin d’œil et place devant nous pour que nous y pénétrions, et les signes qu’elle nous envoie afin que nous ne nous perdions pas une fois à l’intérieur.

Comme tu vois, l’histoire du Nagual Elias était plus qu’un simple récit des détails séquentiels qui composaient l’événement, poursuivit-il. Au-dessous de tout cela, il y avait l’édifice de l’intention. Et cette histoire était destinée à te donner une idée de ce qu’étaient les Naguals du passé, afin que tu reconnaisses leur manière d’adapter leurs pensées et leurs actions aux édifices de l’Intention. »

F. M.



DE L’ESTOILE, Arnaud ; AMBELAIN, Robert, ouvrages et transmissions relatifs aux rites initiatiques et à la Grande Hiérophanie., Paris, Teletes, 2022.
ELIADE, Mircea, Le Sacré et le Profane, Paris, Gallimard, 1965.
AUBIER, Dominique, La Face cachée du cerveau, Paris, Dervy, 1989.
CASTANEDA, Carlos, La Force du silence, Paris, Gallimard, 1984.
BIZZI, Nicola, « The Historical Primacy of the Eleusinian Mysteries », Tenet22 Press, en ligne https://www.tenet22.com/en/the-historical-primacy-of-the-eleusinian-mysteries/. Consulté le 13 mai 2026.